“De quoi remplir la mémoire du téléphone" : Archives privées et publiques à l'ère de la photographie numérique personnelle
Caroline Muller  1@  , Frédéric Clavert  2  
1 : Tempora  -  Website
Université de Rennes 2 : EA7468
2 : C2DH

Depuis 2016, le projet “Le goût de l'archive à l'ère numérique” a proposé une relecture de l'ouvrage d'Arlette Farge (1987) visant à actualiser les descriptions de la recherche historique entrée dans l'ère numérique. Nous avons réuni un collectif de professionnels des différents métiers liés à cette recherche (archivistes, historien(ne)s, archéologues...) qui nous ont donné à lire des textes abordant des questions variées : les archives nées numériques (collecte, traitement, usages), les archives numérisées et les transformations de la salle de lecture, les archives audiovisuelles, etc. De ce premier temps du projet est né un intérêt pour ce que nous appelons les “pratiques numériques discrètes” (Clavert, Muller, 2021), à savoir les gestes numériques quotidiens et peu objectivés des chercheur(e)s, tels que l'usage d'un moteur de recherche ou la recherche plein texte. Le projet Culturhist propose dès lors d'analyser les enjeux et effets méthodologiques de ces pratiques numériques discrètes, peu abordées par les humanités numériques, en commençant par la question de la salle de lecture des archives.

Dans le cadre de l'appel Icarus, nous souhaitons interroger tous ces sujets en adoptant la grille de lecture “archives privées, archives publiques”. Notre contribution s'organisera en trois moments. Le premier visera à montrer que les fonds publics, privés ou les interfaces de recherche (type API) produisent des expériences de recherche aux contraintes différenciées, en rassemblant des études de cas disponibles sur le livre en ligne. Nous verrons ensuite comment ces contraintes ont un effet direct sur les pratiques numériques discrètes : pouvoir photographier ou non, les aspects juridiques, la possibilité de mettre en place un dispositif de photographie adapté, la façon dont la photographie permet d'atténuer les contraintes institutionnelles. Enfin, on analysera comment la salle de lecture apparaît reconfigurée à l'ère numérique et pourquoi la distinction archives privées/archives publiques prend de nouveaux sens : il est désormais possible de reconstituer chez soi un corpus numérisé complet à partir d'archives publiques, ou encore de se forger ses propres instruments de recherche et de travail, ce qui a des effets sur la méthodologie déployée et les résultats produits.


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